Accueil du site Sur les routes France Centre - Val de Loire Cléry-Saint-André Les énigmes de la verrière de Jeanne d’Arc à Cléry-Saint-André

Les énigmes de la verrière de Jeanne d’Arc à Cléry-Saint-André
mercredi 24 août 2022

par Ismée de Voulton


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Verrière 103

La verrière 103 consacrée à Jeanne d’Arc est la seule du choeur qui soit signée de Léon Ottin. La date de facture est 1875.

Comme les autres, elle dénote d’une documentation travaillée qui est rendue par des détails de composition passionnants.

Nous avons déjà étudié le haut de la verrière.

Au centre, la scène de la prise du pont de Meung-sur-Loire par Jeanne d’Arc. [1]

En bas, Jeanne présente son épée à Notre Dame de Cléry.

Tout est légendé, tout semble bien clair cette fois... et pourtant, que d’étonnantes surprises nous attendent !

"Attaque du pont de Meung"

L’attaque a lieu le 15 juin 1429, après la libération d’Orléans (8 mai) et celle de Jargeau (12 juin). Jeanne d’Arc est le personnage mis en valeur, elle exhorte ses troupes en vue du pont de Meung en brandissant son étendard et son épée. Dans le ciel, saint Michel terrassant le dragon : l’une de ses "voix".

Trois de ses compagnons semblent nous inviter à les reconnaître, un jeune chevalier richement armé à sa droite. Est-ce le jeune duc Jean II d’Alençon ? Et les deux personnages qui nous regardent à sa gauche : un homme d’armes, plus mûr, peut-être Louis Ier de Bourbon-Vendôme [2] qui commanda le siège de Jargeau quelques jours plus tôt, et un moine... Qui saurait compléter ces hypothèses ?

Prenons le temps de nous attarder sur quelques autres détails visuels.

En arrière plan, quiconque connaît un peu la région reconnaît le clocher de la collégiale Saint-Lyphard de Meung-sur-Loire ainsi que les tours de son château. Une gabare passe sur la Loire et plus près de nous, les arbalétriers se préparent à l’assaut. La bannière de Jeanne est conforme à la description qui en est toujours faite. Le Christ entouré de 2 anges et les mots "Jésus" et "Maria" que l’on découvre de l’autre côté de la scène.

On voit distinctement que l’épée de Jeanne porte trois croix gravées sur sa lame comme nous en avons déjà parlé.

Le pont de Meung n’apparait pas en partie détruit comme on peut le voir sur un autre vitrail qui se trouve à la collégiale Saint-Lyphard de Meung-sur-Loire. Ici, on voit un passage pour les bateaux plus hauts, passage qui permet aussi de "fermer" le pont si on le souhaite. Comment était le pont historique ? Il a été abandonné de nos jours, il ne reste que la base des piles.

On voit nettement la tour qui commande le pont et la résistance qui se prépare : on monte un vaste contenant en haut de la tour.



On voit, vers le haut de la scène, saint Michel et il est amusant de retrouver ce diable qui était en embuscade sur l’une des tapisseries de la scène de réception de Louis XI comme chanoine.

"Jeanne d’Arc à Notre Dame de Cléry"

La partie basse de la verrière montre Jeanne d’Arc à Cléry. Y est-elle passée ? Les historiens n’en semblent pas sûrs. Mais sachant qu’une statue miraculeuse de Notre Dame était à quelques encablures d’Orléans, comment Jeanne d’Arc ne s’y serait-elle pas arrêtée ? D’autres parlent de deux passages de Jeanne à Cléry, en allant à Orléans puis avant l’attaque du pont de Meung.

Louis Jarry, dans son ouvrage de 1899, opte pour ces deux passages et conclut par ces mots : "C’est donc une heureuse pensée qui a fait ériger dans une des hautes fenêtres du sanctuaire la verrière où le talent de M. Ottin fixe ces précieux souvenirs historiques." [3]

A Cléry, c’est une église détruite par les anglais que Jeanne trouve en arrivant. Et la statue de Notre Dame a-t-elle été épargnée ? Rien n’est clair sur ces questions. Mais Ottin ne pouvait agenouiller Jeanne au milieu de ruines ! Il va alors faire un choix tout à fait surprenant - c’est du moins l’hypothèse que nous formulons.

***

Faisons un saut fin XIXe.
En 1869, Monseigneur Dupanloup, évêque d’Orléans, a déposé auprès du pape Pie IX, accompagné de tous les évêques des diocèses traversés par la Pucelle, une demande de canonisation de Jeanne d’Arc. C’est une démarche qui est longue, un procès se met en place, des pièces doivent être versées et défendues. Cela peut durer des années. (Pour mémoire, Jeanne d’Arc sera reconnue "vénérable" en 1894, puis "bienheureuse " en 1909 avant d’être proclamée "sainte" en 1920.)

En 1874, Monseigneur Dupanloup vient officiellement en pèlerinage à Cléry dont l’église est en pleine restauration. C’est dans ce contexte que Léon Ottin conçoit son vitrail en 1874-75.

Et l’on peut lire dans un article de 1986 : "Cette verrière est à notre connaissance la première réalisation traitant un fait de l’épopée de Jeanne d’Arc." [4]

***

Revenons à la verrière. Si la partie droite est claire : Jeanne à genoux tient son épée. elle est accompagnée de deux personnes. La partie gauche est de prime abord truffée de mystères.



Qui est donc ce personnage bossu qui est si voyant dans son habit rouge au premier plan ?

Pourquoi la statue de la vierge n’est-elle pas la même que sur les autres verrières ?

Quel est cet étrange objet qui est sur l’autel ?

Qui est le personnage représenté de face sur le côté de l’autel ?

Lorsqu’il n’y a pas de mots et que l’on ne sait pas lesquels poser sur ce que l’on contemple, la recherche est plus ardue.

C’est par ce que je pensais être un reliquaire que j’ai commencé à chercher. Et après avoir vu beaucoup, beaucoup d’images, celle-ci attira mon regard.

    Ce reliquaire est conservé dans l’église Sainte Catherine de Fierbois [5]où l’on sait que Jeanne d’Arc a fait étape en se rendant à Chinon pour rencontrer le Dauphin Charles.

Il contiendrait une phalange de sainte Catherine d’Alexandrie. Et l’on sait que sainte Catherine figure parmi les "voix" qu’entend Jeanne d’Arc avec celles de saint Michel et de sainte Marguerite.

Cet objet pourrait avoir une certaine pertinence ici... 
   
Quelle statue de la Vierge a vu Jeanne d’Arc ? Ce que sait Léon Ottin, c’est que la statue actuelle serait du XVe ou XVIe siècle. Il représente donc ici, face à Jeanne d’Arc, la Vierge qui figure la médaille de pèlerinage qui serait la statue d’origine... Pertinent. A nouveau.

Ce personnage est ouvertement bossu. Il nous tourne le dos. ou plutôt, on pourrait dire qu’il est "devant" Jeanne d’Arc. Il tient le reliquaire. Il serait un lien vers la sainteté ?

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Sainte Jeanne de France
Fille de Louis XI

Il y a bien un personnage bossu, boiteux, difforme dans le monde de Cléry, c’est la fille cadette de Louis XI, Jeanne de France. Mais elle va vivre bien des années après Jeanne d’Arc ! Après avoir été répudiée par son mari Louis d’Orléans, elle entre dans les ordres. Mieux ! Elle crée un ordre nouveau : l’ordre de l’Annonciade dont une pièce du vêtement est... rouge. C’est assez rare pour être signalé.

Jeanne de France - tiens, c’est le même prénom - est béatifiée en 1742. A l’époque de la création de cette verrière, voilà donc une Jeanne qui est déjà officiellement sur la route de la sainteté. (Pour mémoire, elle sera canonisée en 1950.)

***

Si l’on observe, toutes les verrières de Léon Ottin, il y a toujours des éléments "vivants" (hommes, animaux) qui sont figurés à cheval sur les différents panneaux de la scène représentée. Dunois tend le bras pour prendre dans l’autre panneau le document que lui tend Charles VII. Devant le pont, le bras et l’épée de Jeanne d’Arc sont dans le panneau de droite alors que son corps est à gauche. L’effigie de Louis XI lors de ses funérailles est à cheval sur les deux panneaux. Etc.

Ici, il n’y a que le tapis et les boiseries du mur pour faire le lien entre les deux panneaux... C’est un peu comme s’il y avait deux scènes différentes.

Oui, Jeanne d’Arc s’agenouille à Cléry (en ruines). Et face à elle, Léon Ottin compose un "vitrail-fiction" qui est un "encouragement" vers la canonisation de Jeanne d’Arc : la statue de Notre Dame, celle qu’elle a vue ; sainte Catherine, celle qu’elle a entendue ; la bienheureuse Jeanne de France, cette autre Jeanne qu’elle ne connait pas, qui est déjà presque sainte et qui va devant elle.

Je précise à nouveau que cette interprétation est toute personnelle.

***

J’espère avoir réussi à montrer que les vitraux de Léon Ottin sont d’un grand intérêt sur de nombreux plans et je gage que Michel Caffin de Mérouville, l’auteur du guide paru en 1963, n’aurait sans doute pas écrit qu’ils étaient "indignes d’un tel ensemble" si j’avais pu lui prêter mon appareil photo !

***

Pour l’heure, inclinons-nous comme Jeanne devant Notre Dame, laissons résonner en nous sa devise qui est "Dieu, premier servi" et passons hardiment le pont de Meung à sa suite pour découvrir la cité des roses et de nouvelles aventures.

A suivre...

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- Le portrait de Jeanne de France provient de : https://www.annonciade.info/


[1] Bataille de Meung : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Meung-sur-Loire

[2] Sur Louis Ier de Bourbon-Vendôme : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis... 

[3]  "Histoire de Cléry" par Louis Jarry - 1899 - p. 85

[4] "Les verrières de Jeanne d’Arc. Exaltation d’un culte à la fin du XIXe siècle" de Chantal Bouchon- 1986 : https://www.persee.fr/ 

[5] Pour en savoir plus sur Sainte Catherine de Fierbois et cet objet : http://www.lesportesdutemps.com/

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