Thérèse de Lisieux : 1895
vendredi 27 septembre 2002

par Dazur


Ce texte est extrait d’une étude sur "Thérèse de Lisieux"
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Thérèse, par sa jeunesse, sa tonicité, sa joie de vivre, est, sans jeu de mots, la flamme du Carmel. Au cours des temps libres communautaires, ses deux soeurs aînées remarquent ses talents de conteuse et sourient à la belle façon qu’elle a de raconter les anecdotes de son enfance. Mère Agnès au début de l’année 1895 ordonne à Thérèse d’écrire ses souvenirs et de les lui remettre dans un an. Troublée d’abord par cette demande qui semble l’occuper uniquement d’elle même, Thérèse s’y plie au nom du voeu d’obéissance qu’elle a prêté.

Voici les toutes premières lignes de ce manuscrit :

Histoire printanière d’une petite Fleur blanche écrite par elle-même et dédiée à la Révérende Mère Agnès de Jésus.

"C’est à vous, ma Mère chérie, à vous qui êtes deux fois ma Mère, que je viens confier l’histoire de mon âme... Le jour où vous m’avez demandé de le faire, il me semblait que cela dissiperait mon coeur en l’occupant de lui-même, mais depuis Jésus m’a fait sentir qu’en obéissant simplement je lui serais agréable ; d’ailleurs je ne vais faire qu’une seule chose : Commencer à chanter ce que je dois redire éternellement - "Les Miséricordes du Seigneur !!!"... Avant de prendre la plume, je me suis agenouillée devant la statue de Marie (celle qui nous a donné tant de preuves des maternelles préférences de la Reine du Ciel pour notre famille), je l’ai suppliée de guider ma main afin que je ne trace pas une seule ligne qui ne lui soit agréable.

Ensuite, ouvrant le Saint Evangile, mes yeux sont tombés sur ces mots : "Jésus étant monté sur une montagne, il appela à Lui ceux qu’il lui plut ; et ils vinrent à Lui." (St Marc, chap. III, v. 13). Voilà bien le mystère de ma vocation, de ma vie tout entière et surtout le mystères des privilèges de Jésus sur mon âme... Il n’appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu’il lui plaît..."

Elle se livre dans ces pages avec une grande sincérité. Elle explique ce qui anime son âme. "Je pensais que j’étais née pour la gloire, et cherchant le moyen d’y parvenir, le Bon Dieu m’inspira les sentiments que je viens d’écrire. Il me fit comprendre aussi que ma gloire à moi ne paraîtrait pas aux yeux mortels, qu’elle consisterait à devenir une grande sainte !!!..." Thérèse ne rapporte pas le jugement de son confesseur auquel à l’époque, elle s’était ouverte de ses impulsions mystiques : Péché d’orgueil ! avait-il dit.

Plus loin dans son manuscrit, elle avoue qu’elle n’a "jamais fait aucune pénitence, bien loin de ressembler aux belles âmes qui dès leur enfance pratiquaient toute espèce de mortifications... Mes mortifications, dit-elle plus loin, consistaient à briser ma volonté, toujours prête à s’imposer, à retenir une parole de réplique, à rendre de petits services sans les faire valoir, ..."

Nouvelle affirmation de la spiritualité de Thérèse, elle acquiert la conviction que ce n’est pas à la Justice Divine qu’il faut s’offrir, ainsi qu’il est de coutume dans son entourage religieux, mais à l’Amour miséricordieux. La révolution spirituelle de Thérèse est là toute présente. En beau milieu d’un monde où l’on comptabilise les péchés, où l’on soustrait les sacrifices pratiqués avec méticulosité par Crainte de la Justice Divine à laquelle on se doit d’être tout entier soumis, Thérèse franchit avec une foi toute pure les portails du Royaume de l’Amour Divin.

Plus de limite, ici, toutes les pirouettes de l’âme sont un enchantement et ne peuvent conduire qu’à la Sainteté. Il n’y a dans ce jardin-là aucune place pour l’orgueil. Tout y est simplicité et évidence. "Dieu n’est qu’amour et miséricorde !" écrira Thérèse un mois avant de mourir. La plénitude de sa spiritualité est toute entière dans le "n’est que" de cette belle formule. "Dieu n’est qu’amour et miséricorde !" Plus tard, elle écrira : "Je suis d’une nature telle que la crainte me fait reculer ; avec l’amour non seulement j’avance, mais je vole..."

Pour lire la suite : "Thérèse de Lisieux : 1895 et 1896"


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