Réintégration et... vinaigrette !
lundi 6 janvier 2003

par Dazur


C’était à l’automne 1996, j’assistais à une conférence lorsque l’orateur cita en ces mots un sage ancien : "La Réintégration va à la vitesse d’une vinaigrette." Puis il enchaîna avec cette question : "Comment la Réintégration peut-elle aller à la vitesse d’une vinaigrette ?", avant d’ajouter que ceux qui le souhaitaient pouvaient réfléchir à la question...

Très intrigué par cette affirmation, je commençais aussitôt des recherches. Vinaigrette ? Non, il ne s’agissait pas de la sauce salade qui m’était tout de suite venue à l’esprit mais d’un moyen de locomotion utilisé au XVIIIe siècle : "une voiture à deux roues en forme de chaise à porteur dans laquelle on se faisait traîner par un homme" disait le dictionnaire.

Une fois ces renseignements en poche, je trouvai la chose simple : si on ne tirait pas la voiture, elle n’avançait pas. Il fallait donc se donner un peu de mal ! C’était facile à comprendre. Je me désintéressai de la question.

Mais, il y a quelques semaines, j’ai retrouvé quelques photocopies faites sur le sujet et la vinaigrette a recommencé à me trotter dans la tête. N’y avait-il donc rien d’autre à découvrir ?

"La Réintégration va à la vitesse d’une vinaigrette." La Réintégration, selon les écrits mystiques, c’est le retour de l’âme au sein de l’unité après son long voyage dans le monde manifesté.

"La Réintégration va à la vitesse d’une vinaigrette."

Mais la Réintégration de qui ? Jusqu’à ces derniers jours, j’avais instinctivement pensé qu’il s’agissait de notre Réintégration individuelle : donc dans le cas présent, de la mienne ! Pour avancer, il faut "porter sa croix", "son fardeau", souffrir un minimum : en deux mots, "tirer sa vinaigrette" ! Sinon : point de salut ! C’est bien connu ! Mais pourquoi ce conférencier avait-il proposé de réfléchir sur un sujet aussi... simpliste !

La vinaigrette, c’est un peu le pousse-pousse du XVIIIe siècle dans nos contrées ! La grande différence avec le pousse-pousse qui est à découvert, c’est que la vinaigrette a un toit et qu’elle est même fermée. Climat et confort obligent !

Donc, pour parvenir à la Réintégration, je n’ai qu’à tirer ! Mais dans quelle direction ? C’est où la Réintégration ? Et puis, si je trouve la route, pourquoi m’encombrer d’un tel boulet à tirer ? Est-ce le fait de tirer la vinaigrette qui permet de trouver le chemin ? Quelle drôle d’idée !!!

J’en étais là de mes interrogations faites en galopant devant ma vinaigrette lorsque je pris conscience que depuis plusieurs années, je n’en avais pas lâché les deux bras et que j’avais couru dans tous les sens.

Tout, ces dernières années, me faisait l’impression de s’être accéléré, dans le monde, comme dans ma propre vie. Toujours plus et toujours plus vite. Toujours plus de travail, de peine, de souffrances rencontrées, toujours plus de sollicitations, de réponses, d’initiatives, de temps passé, de courses après la Vie, après le repos qui jamais ne vient plus. Accélération.

Accélération personnelle, collective, mondiale... Toujours plus, toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus terrible... Jusqu’où ? Jusqu’où faudra-t-il aller en courant avec ma vinaigrette à bout de bras ? C’est si lourd, parfois ! C’est si lourd...

C’est par où la Réintégration ?

Usé par cette course, je pris la décision de m’arrêter. Je dépliai les calles de la vinaigrette pour pouvoir la lâcher sans qu’elle tombe et je frottai mes bras et mes épaules endoloris par toutes ces années d’efforts.

C’est par où la Réintégration ? Quelqu’un peut-il me le dire ?

C’est alors que, derrière moi, j’entendis la porte de la vinaigrette s’ouvrir et, me retournant, je vis mon âme en descendre doucement. Ma stupeur fut totale ! Comment n’avais-je pu penser que la vinaigrette que je tirais depuis si longtemps abritait... quelqu’un ? Comment avais-je pu envisager de l’abandonner pour poursuivre... seul sans m’être posé de question ?

"Monte, me dit mon âme, assieds-toi. Je t’emmène." Sans voix, je montai. Mon âme replia les calles et se mit à tirer la vinaigrette. Son pas était si fluide que j’eus l’impression qu’elle volait...

Laisser conduire mon âme. Me laisser conduire ! Je compris alors que la route importait peu, que seules nos rencontres étaient essentielles y compris nos rencontres avec nous-mêmes. Je compris que la Réintégration n’avait aucun caractère individuel et qu’elle n’aurait lieu que lorsque tous nous serions prêts. Tous. Sans exception aucune. Cela créait des liens nouveaux.

Je sus aussi à ce moment-là qu’il me faudrait résister aux sursauts de mon mental qui voudrait tôt ou tard reprendre la tête et choisir la route et tirer à nouveau la vinaigrette parce que, tout bien analysé, ce serait "plus sûr"...

Je m’aperçus alors que mes mains étaient enfin libres de leur fardeau. Je les joignis sur mon coeur laissant échapper la plus profonde des prières que jamais je n’avais formulée pour le monde et tous mes frères.


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Dazur

Les illustrations proviennent de :
 https://fr.wikipedia.org/
 et d’un très ancien dictionnaire consulté "à l’ancienne" dans les dernières années du XXe siècle, dans sa forme imprimée et reliée, au sein d’une vraie bibliothèque de livres que l’on pouvait tenir en mains. (Note ajoutée lors de la modernisation de la mise en page de cet article en 2026)

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Réintégration et... vinaigrette !
12 mai 2026, par Dazur

En 2003, un visiteur notait dans ce forum : « Votre article me fait penser à un article de la tradition chinoise : "le char, le cheval et le conducteur" »

Plus de vingt ans ont passé alors que je reviens vers ce forum. La puissance d’un moteur de recherche me conduit vers la page d’un site sur les enseignements de Gurdjieff intitulée "La métaphore de l’attelage" : https://ggurdjieff.com/fr/la-metaphore-de-lattelage/

Est-ce à ce grand penseur du début du XXe siècle que faisait référence le conférencier qui avait illuminé ma journée - et bien au-delà - en 1996 ? Peut-être ?

Toujours est-il que si j’avais découvert cette page internet à l’époque, je n’aurais fait aucune recherche personnelle sur la question pensant avoir "trouvé" alors que seul le travail personnel vaut, dans ce type de démarche intérieure.

D’ailleurs, la question se pose : était-il bon de partager mes réflexions ici ?
Le débat est ouvert ;-)


A propos de la vinaigrette...
20 juin 2008, par Bayazid

Revenons à la conférence de l’orateur, commenté par Dazur :

...L’orateur cita en ces mots un sage ancien : "La Réintégration va à la vitesse d’une vinaigrette." Puis il enchaîna avec cette question : "Comment la Réintégration peut-elle aller à la vitesse d’une vinaigrette ?", avant d’ajouter que ceux qui le souhaitaient pouvaient réfléchir à la question...

Le "sage ancien" cité par l’orateur parlait-il forcément de la chaise à porteur, qui date de 1680 ? En tous cas, "faire vinaigre" c’est se dépêcher, n’est-ce pas ? Et aussi Se dé-pécher.

Oui, la réintégration nécessite de se dé-pécher. Comment ? Pas en tentant un ascétisme pieux, basé sur tel ou tel dogme religieux.

Il faut retrouver l’Unité, par l’incorporation des multiples aspects du moi : ceux qui sont si peu maîtrisés en nous : l’ombre, l’inconscient, le personnage, la "persona", masque social. Mais aussi ceux qui font de nous, potentiellement, des parcelles d’éternité : le sage, le connaissant, l’habitacle de Dieu.

Faire l’Unité en nous, ce n’est pas de la tarte ! Mais la vinaigrette, la vraie, celle du petit logo apposé par dazur sur son article, elle fait tout cela. Grace aux mouvements rapides des couverts en bois, le vinaigre, si lourd qu’il reste au fond, s’incorpore parfaitement à l’huile douce et légère qui est en surface. Avec ces élément hétérogènes, voila qu’on a fait une sauce unique !

Ah ! La cuisine donne bien des leçons !!!


A propos de la vinaigrette...
18 juin 2008

"Depuis que le Christ est venu pour effacer les péchés du monde( pas ceux de l’individu) en purifiant le coprs du désir de notre planète, la liaison entre le corps physique et le corps éthérique de l’homme a été relâchée à un tel point que, au moyen d’un entraînement spécial, on peut les séparer comme nous l’avons décrit plus haut. C’est pourquoi les portes de l’initiation sont ouvertes à tous."
Max Heindel Cosmogonie des Rose-Croix


A propos de la vinaigrette...
17 juin 2008, par Azalaïs

La vitesse de la vinaigrette est celle du pas humain, un pied devant l’autre et on recommence comme dans la chanson. Pas du marcheur, du pèlerin, du promeneur ou de l’homme pressé, pas cadencé du soldat, pas lent et profond du montagnard, du paysan... Mais la vinaigrette de la salade a sa place aussi dans cette histoire puisqu’elle est faite de moutarde (le grain de sénevé de qui pousse un arbre), de vinaigre ou de vin pour purifier les blessures et d’huile pour aider la cicatrisation, comme dans la parabole du Bon Samaritain. Une façon de dire qu’il faut aussi la foi et soigner les vieilles blessures pour entrevoir la réalité derrière ce mot de "réintégration". D’ailleurs, réintégrer quoi ? Quelle demeure perdue ? Quelle fonction ? Quel état ? Peut-on en avoir une idée qui ne soit pas un rêve tant qu’on ne l’a pas atteinte ?


> A propos de la vinaigrette...
15 mai 2003

votre article me fait penser a un article de la tradition chinoise
"le char le cheval et le conducteur"nittob


> A propos de la vinaigrette...
20 février 2003, par janine

quel beau conte, riche d’enseignements tant intellectuels que sprituels. Merci d’avoir partagé cette découverte.

Je rejoins tout à fait votre cheminement et son issue.


> A propos de la vinaigrette...
1er février 2003, par eques ab intimo transitu

Très bel exposé conclu par une profonde communion des coeurs dans un cadre quelque peu original mais ô combien révélateur -
merci de ce partage à l’auteur ( que j’ai cru reconnaître mais chut ! )
amitiés .
ps : hé ! t’as fini de nous remuer !


 


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