De Shivanataraj au Shivalingam
mercredi 25 décembre 2002
par Vignesh
"La danse de Shiva est la danse de la matière subatomique. Comme dans la mythologie hindoue, c’est une danse permanente de création et de destruction impliquant le cosmos tout entier ; la base de toute existence et de tous les phénomènes naturels." (Fritjof Capra)
La fameuse danse de Shiva sous son aspect de Nataraj "Le Seigneur de la danse" est la représentation symbolique du concept philosophique de l’activité Cosmique dont Shiva est l’agent. Lorsqu’il danse, tout danse, les électrons qui tourbillonnent, les protoplasmes qui palpitent, le cœur qui bat, les planètes décrivant leur orbite, le soleil embrasé, les étoiles qui brillent, tout cela et aussi tout le reste qui constitue cet Univers. Nataraj tient le feu dans une main et le tambour dans l’autre signifiant la manifestation de l’énergie en tant que chaleur, lumière et son.
Il importe de saisir que si le processus de création, préservation et destruction de l’Univers est représenté par la trinité Hindoue ou Trimurti : Brahmâ pour la création, Vishnu pour la perpétuation et Shiva pour la destruction, c’est Shiva qui représente le principe suprême. Il en est ainsi non pas parce que la destruction l’emporte toujours mais parce qu’Il est le principe transcendant et immanent de la Réalité ultime à la fois manifesté et non manifesté. Sous cet aspect, il est symbolisé plus que représenté par le Shivalingam.
"Tandis que je me tenais sur la plage, mes expériences théoriques passées devinrent vivantes. Je vis des cascades d’énergie descendre de l’espace au sein desquelles les particules étaient créées et détruites selon des pulsations rythmiques. Je vis les atomes des éléments et ceux de mon corps participer à cette danse cosmique de l’énergie. J’en sentais les rythmes et j’en entendais les sons, et à ce moment précis, je sus que c’était la danse de Shiva, le seigneur de la danse adoré par les hindous." (Fritjof Capra)
Cette forme de Shiva connue sous le nom de Linggodbhavamoorthi est illustrée par un récit qui se trouve avec des variantes dans quatre puranas différentes :
Brahma et Vishnu se disputaient pour savoir lequel des deux était le plus important quand une énorme colonne brillante de lumière aveuglante apparut. Elle s’élevait haut dans les airs et s’enfonçait dans le monde inférieur. Brahmâ prit la forme d’un cygne et s’éleva dans les airs sans pouvoir dépasser ni mesurer la hauteur du pilier. Vishnou prit la forme du sanglier et creusa sans pour voir atteindre le fondement de la colonne.
Les deux dieux durent admettre que la réalité est au-delà des mondes subtils et grossiers de la perception des sens et de l’intellect. Ici donc la réalité omniprésente et omnisciente de Shiva est cette colonne de lumière qui s’est manifestée pour faire comprendre à Brahmâ et Vishnou leurs limites un jour de nouvelle lune du mois de Magha qui correspond à fin février et début mars dans notre calendrier.
Le lingam est cette colonne de feu se prolongeant elliptiquement vers le haut et s’enfonçant vers le bas dans un récipient circulaire. Shiva est donc identifié à ce qui est appelé dans le Brahmanisme, Brahman ou Parabrahman justement et qu’il ne faut pas confondre avec Brahmâ. Il faut savoir que le culte de Shiva est considéré comme le plus ancien de l’humanité. Il était vénéré aux anciens temps des Védas comme Rudra, dieu des brigands, nom qui veut dire, le hurleur, divinité redoutable et cependant auspicieuse. Ce culte est toujours très populaire et actif. A notre époque comme à certaines périodes antérieures certains sages en Inde manifestent à travers leur corps ces lingams sous un aspect d’abord plastique puis solide de pierres ovoïdes au moment de la sainte nuit de Mahashivaratri, reproduisant ainsi le mythe de l’apparition de la colonne de feu.
Le rituel de l’Abishekam est réalisé sur l’une de ces pierres qui manifeste la présence effective de Shiva, ses bénédictions et sa grâce, mises en mouvement par le rituel comme une danse de Shiva dispensatrice de ses énergies. Il s’agit du bain rituel de la divinité à travers l’objet consacré qui "l’incarne" ici, le lingam, ailleurs, une statue. C’est donc une cérémonie qui est symbolique des étapes qu’il faut parcourir sur la voie spirituelle et dans le cheminement intérieur vers la divinité.
"Regarde, mais regarde ! Elle danse, là-bas et donne aux yeux ce qu’ici tu essayes de nous dire ... Elle fait voir l’instant... O quels joyaux, elle traverse ! ... Elle jette ses gestes comme des scintillations ! Elle dérobe à la nature des attitudes impossibles, sous l’œil même du Temps ! ... Il se laisse tromper ... Elle traverse impunément l’absurde ... Elle est divine dans l’instable, elle en fait don à nos regards ! ... " (Stéphane Mallarmé "L’âme et la danse")
Aussi, j’ai un goût prononcé pour Shiva, est il le dieu des religions car il est dravidien, anterieur aux Aryens, et son symbole ressemble à celui de l’islam ?
Certainement Elodie. Shiva pour moi est Mahadeva, le Suprême, vénéré sous la forme du lingam ou de la colonne de feux.Vous connaissez cette histoire :
La légende du LINGAM de feu on la trouve sur ce site : http://www.yogaesoteric.net/content.aspx?lang=FR&item=6479
Conformément à l’histoire racontée par LINGODBHAVAMURTHY dans LINGA PURANA, un jour, VISHNU et BRAHMA commencèrent à comparer leurs forces pour voir lequel d’entre eux était le plus fort. Alors SHIVA apparut sous la forme d’une colonne de lumière (feu) et les provoqua, tous les deux, à mesurer le gigantesque LINGAM ainsi créé. VISHNU et BRAHMA s’entendirent que le premier d’entre eux qui allait trouver le bout du LINGAM, était le meilleur. VISHNU se métamorphosa en un sanglier et se dirigea vers le bas et BRAHMA vola vers le haut, sous la forme d’un cygne. Ils cherchèrent vainement pendant plusieurs jours, pour rentrer, en fin de compte, épuisés. Alors, le Seigneur SHIVA apparut dans toute Sa Gloire au milieu de la colonne de lumière (de feu). BRAHMA et VISHNU se rendirent ainsi compte qu’ils avaient fait une erreur et reconnurent SHIVA comme étant l’Etre Suprême.
Bonjour,
Votre article sur Shiva est plus qu’étonnant et intéressant. il est donc le Dieu Créateur de l’univers ? Il maitrise les éléments. J’ai vu en 2009 des colonnes de feu sur l’océan en France, dans les Landes, près du mont de La Rhune (montagne sacrée en France, Pays Basque).
Les mantras de ce dieu sont ennivrants..
Vous êtes shivaiste ?
Un reportage sur Bénarès,la ville de Shiva par l’envoyée spéciale du "Monde" Florence Evin.Bénarès : "Le saint abandon".
"Etroit et raide comme une échelle de meunier, l’escalier prend d’assaut une gloriette à colonnade abritant un lingam noir, cette pierre arrondie qui est l’emblème de Shiva. Le dieu hindou règne sur Bénarès, ville sacrée de l’Inde baignée par le Gange...." Novembre s’y tient un agenda musical conséquent. http://www.lemonde.fr/voyages/article/2008/10/17/benares-le-saint-abandon_1108136_3546.html
Il est étrange de voir passer le temps ainsi à la vitesse d’un éclair. J’ai l’impression que cette discussion avait débuté avant hier et il s’est passé 5 ans…
Ma curiosité naturelle me fait me demander si Vignesh s’est penché sur l’œuvre d’Alain Daniélou et comment aujourd’hui il entrevoit la voie du Dieu créateur et destructeur de l’Univers vu par le prisme de cet étrange musicologue Français et considéré comme un maître en Inde ?
« Danses avec les pieds, avec les idées, avec les mots, et dois-je aussi ajouter que l’on doit être capable de danser avec la plume ? »
[ Friedrich Nietzsche ] - Le crépuscule des idoles
Maurice Béjart avait raison de penser de le dire la plus sotte expression française c’est"bête comme ses pieds".
Je suis touché Zara par votre intention de témoigner en marge de ce modeste article votre admiration pour Maurice Béjart. J’ignore s’il connaissait l’Hindouisme mais si on parle d’une conversion à l’Islam, son esprit libertaire s’apparente peut être plus à la démarche initiatique.
Alors qui dit danse implique déséquilibre puisque mouvement et si on veut c’est une claudication harmonieuse. Dans cette idée la petite phrase sur non bêtise des pieds pourrait être un indice. Fulcanelli au sujet d’Hermès ne dit il pas que toute indication sur l’infirmité du pied est une façon de souligner la supériorité de l’intelligence supérieure gnostique chez un être ? Ceci parle aux mythes et à certains rites nous pensons à Vulcain, Jacob après sa lutte avec l’ange et Mani réformateur de la religion de Zarathoustra pour retomber sur nos jambes avec votre citation de Nietzsche.
Bonjour aux deux intervenants , Béjart est un oniriste.. Ses ballets etaient comme des "rêves vivants" des pages akshiques vues la nuit en rêve...ses pirogues femmes , ses combattants cerfs on etait au delà du simple ballet, ses mandarins flottants sur le lac de terre , oui la vision du sacré etait en lui, quand aux pieds certes ne les confions pas à n’importe qui ..disent également les magistes...le poisson inaugure le cycle et le cloture il y a là un grand mystere vernal ou tête et pied se cotoie .Le gésicrobate de Vézelay au fronton du portique devait lui aussi être un ourobouros danseur comme Béjart qui danse un soufisme là bas ...
Je viens de finir la lecture d’un ouvrage passionant d’Alain Daniélou : Shiva et Dyonisos : l’avez-vous lu ?
La résurgence du culte de Shiva paraît une réponse appropriée aux problèmes de notre temps, qu’en est-il en occident ? Les théories des premiers gnostiques du II eme siècle de notre ère sont extrêmement similaires aux principes Shivaïtes. La gnose semble tres inspirée par la pensée de la religion primordiale.
Mes réflexions autour de la résurgence des premiers cultes m’amène à me demander en quelle mesure nous pourrions retrouver un équilibre perdu il y a déjà bien longtemps. D’un point de vue psychologique, il est évident que la culpabilité Judéo-chrétienne qui nous étouffe pourrait s’en trouver allègée, notre rapport au monde naturel bien plus juste. Mais se libérer du joug de la culture est-il possible ?
J’apprécie grandement votre remarque.
Je n’ai pas lu ce livre d’Alain Daniélou "Shiva et Dionysos" mais seulement des comptes rendus et articles.
Je vais certainement le lire prochainement et en cela passer de l’intention à l’acte car le sujet me parle. Il faudra que je me le fasse offrir pour les prochaines saturnales...
L’idée a été émise en effet que "Rudra le hurleur" soit le Dieu qui a inspiré à l’âme grecque l’image de Dionysos.
Quant à la gnose du II e siècle vous dites qu’elle tient de la religion primordiale et que ses principes sont similaires à ceux du Shivaïsme.
Je le ressens aussi.
La résurgence de la gnose et des anciens cultes n’est -elle pas inscrite dans le retour des temps primordiaux pour un nouvel équilibre de l’homme avec son environnement et avec lui-même ?
C’est ce que vous exprimez et auquel j’adhère aussi.
On dirait que le II e siècle a été un tournant puisque le christianisme se met à triompher historiquement sortant des vérités éternelles pour se constituer en vérité des temps se sécularisant d’autant plus qu’il oublie l’agneau immolé pour devenir à son tour force d’oppression en particulier des gnostiques, les hérétiques, qui seront les premiers de sa longue liste.
Nous le voyons poursuivre son oeuvre dans la victoire électorale de G.W. Bush aux USA sur fond d’ambiance croisade, retour du Christ à Jérusalem et des débats de société comme l’avortement et l’homosexualité pour se dire qu’on est dans le camp du bien et du moral. (Alain Daniélou était homosexuel si je ne m’abuse).
Cette morale puritaine est catastrophique qui se détourne des vrais problèmes à l’échelle planétaire et des enjeux écologiques, de la survie de peuples entiers qui meurent sous nos yeux aveugles.
La culpabilité judéo chrétienne on ne sait jamais comment elle a marché c’est un mystère de plus de cette religion à mystère.
On dirait qu’elle ne marche que pour le sexe ou des petits mensonges de confesse à deux balles.
Si seulement ils pouvaient se culpabiliser pour les vraies et graves erreurs contre la sagesse et l’amour du prochain afin d’y mettre un terme et de ne pas les reproduire.
Est-ce qu’on peut se libérer du joug de la culture ?
Mon point de vue sur cette question est le suivant.
Je pense qu’il faut se garder de refouler ses conditionnements culturels et religieux. Ils refont surface chez des gens qui se pensent libérés en faisant encore plus de ravages.
C’est pourquoi je ne me suis pas coupé en ce qui me concerne de mes racines catholiques et je ne lutte pas
Mais je crois surtout aux méthodes positives.
On peut s’ouvrir aux influences de ces traditions vivantes ou résurgentes.
Le shivaïsme même s’il a eu des concurrents avec les courants Vishnouistes, le Bouddhisme ou divers autres cultes sur le sous continent indien n’a jamais été écrasé.
Nous avons beaucoup à retirer de ces influences et cette tradition est assez puissante pour saisir les âmes prêtes aux ivresses d’extase Cosmique.
Comme je préfère retenir ce qui unit plutôt que ce qui divise, je vous quitterai en évoquant une danse exécutée par un de mes amis danseur indien (Bangladeshi) de Rennes.
Il termine parfois ses spectacles en manifestant devant nos yeux ébahis en une curieuse chanson de gestes un Shiva-Christ dansant.
Pour paraphraser Gurdjieff je dirais :
"Un Christ oui mais un Christ dansant !"
C’est la plus belle danse de tout son répertoire.
Il y a ainsi des livres qui nous aident dans notre vie.Pour moi certains livres de Krishnamurti m’ont aidé particulièrement dans des situations de rupture.Je ne vais pas vous parler comme un certain leader politique trop bien de chez nous "du fier et noble peuple Magyar" mais cependant je copprends l’attachement à une culture à une histoire et à une langue du moment que cela ne nous coupe pas du reste de l’humanité.C’est une chance pour le peuple hongrois de pouvoir découvrir grace à vous les principes du Shivaisme en effet mal connus.
Je viens de parcourir votre site (que je trouve très bien réalisé et très enrichissant) après une recherche sur Google. Je suis entré par votre page sur Shiva. Auteur, compositeur, interprète, je fais la promo de mon premier album, spirituellement relié à la tradition indienne. Une page de mon site est consacrée à l’écoute d’un morceau de l’album s’intitulant justement "Shiva Nataraj", le Maître de la danse. Je vous invite à découvrir mon site en cliquant sur le lien ci-dessous.
Musicalement vôtre... Philippe
Il est agréable de rencontrer des artistes ayant le feu sacré. Je suis allé sur votre site qui est très sympa.
Votre biographie nous montre que vous méritez d’avancer dans votre quête.
Les musiciens sont aimés des dieux vous savez...Bonne chance ! Petit homme deviendra grand, vous verrez.
J’ai aimé l’extrait de votre enregistrement et d’ailleurs les aristes qui vous inspirent depuis vos débuts sont des grands enthousiastes.
Je vais faire connaître votre site à mes élèves de Hatha Yoga ainsi qu’à une association de profs de la région de Rennes et aussi sur une liste de discussion qui rassemble des personnes en recherche sur les philosophies sacrées et je vais moi-même passer commande.
Que le Seigneur Shiva vous rende parfaitement heureux !