La Tunique sans couture
dimanche 22 mars 2026

par Maryam


Cet article s’inscrit dans un vaste dossier : Via crucis, Via lucis
Il appartient à la rubrique : Les étoffes au long de la Via crucis
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La chaîne et la trame
Le tisserand travaille sur un métier posé, qui est bien stable et fixé. Les barres de bois qui portent les fils s’appellent : l’ensouple du ciel et l’ensouple de la terre.

« Tiens voici ta chaîne ! Tiens voici ta trame ! » le métier doit être satisfait …

Il monte la chaîne, qui est le fil longitudinal, puis la trame, qui est le fil transversal. Le vertical et l’horizontal vont former à chaque point de jonction, la matière, le tissu. Et ainsi par le fil qui va onduler entre deux trames, va se créer un maillage dans l’espace.

Nous voilà face au signe de deux droites qui se croisent et qui forment une croix, commencement de toute chose dans ce monde de dualité. Le tissu est créé et il va servir son dessein.

Le tisserand, au cours de l’histoire des hommes, a toujours eu un rôle particulier et sacré.
Tout au long du processus de fabrication du tissu, depuis la laine, le filage et le tissage, tous ses gestes sont accompagnés d’invocations, de prières, et d’offrandes. Symboliquement, il organise le monde.

Il permet aux hommes de se couvrir et de se protéger de la chaleur et du froid mais aussi de donner une identité à celui qui le porte. La dextérité du tisserand et son expertise technique va donner au tissu sa valeur et celui qui va revêtir tel ou tel vêtement représentera sa position sociale, sa valeur sera reconnue parmi les siens, son rôle politique, religieux. Le vêtement avec sa facture et ses ornements va transmettre des signes, des messages, des croyances, des symboles.

Dans l’antiquité, lorsque le tisserand commençait un tissu, il énonçait une prière d’ouverture et lorsqu’il finissait l’ouvrage en coupant le fil, il prononçait une prière qui rappelle celle que l’on prononçait pour couper le cordon ombilical d’un nouveau-né. Le vêtement pouvait prendre vie sur la peau de son propriétaire.

Au Moyen Orient, c’était souvent les femmes qui tissaient.

Ce qui nous interroge aujourd’hui, c’est la Tunique sans couture de Jésus.
C’est Jean qui le raconte dans son évangile, et c’est le seul apôtre qui apporte cette précision :

« Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Quant à sa tunique qui était sans couture, tissée d’une pièce de haut en bas, ils se dirent entre eux : "Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l’aura". C’est ainsi que l’Ecriture s’accomplissait "Ils ont partagé mes habits, ils ont tiré au sort mon vêtement". Voilà donc ce que firent les soldats. Or le long de la croix de Jésus se tenait sa mère. » (Jean 19,23-25).

Les vêtements à l’époque du Christ et dans la région où il a vécu, étaient pour la plupart faits de lin ou de laine. Ils étaient faits pour être portés longtemps et chacun prenait soin de son vêtement. Pour les hébreux, il n’était pas permis de mélanger les matières de fils. L’unité du fil était importante au niveau symbolique.

On peut se demander par qui a été tissée la fameuse tunique que les soldats vont donc tirer au sort. Cette technique de tissage est celle d’un tisserand averti, ce ne sont pas des morceaux qui sont assemblés. C’est un tissage qui donne la forme des manches et du corps. Le fil n’est donc jamais rompu et aucune couture n’est nécessaire.

La tradition rapporte que c’est Marie qui a tissé les vêtements de Jésus.
Elle qui a vécu toute entière dédiée à Dieu, et à son fils Jésus, connaissant son destin et sa fonction, a fait en sorte que le fils de Dieu porte une tunique sans couture, dans son sens sacerdotal le plus sacré.

En Israël, seul le grand prêtre avait le droit de porter une tunique sans couture, et ceci lorsqu’il devait entrer dans le "Saint des Saints". Cette tunique était le signe de l’alliance de Dieu avec son Peuple, c’est-à-dire, sans couture, sans séparation, une Union sacrée.

Le grand prêtre officie devant l’Arche d’alliance, dans le saint des saints du Temple de Salomon
Reconstitution de l’artiste Balage Balogh / Scala, Florence

Jésus avait la préscience des évènements qu’il allait vivre et qu’il devait vivre, et a revêtu ses vêtements en conséquence le jour où il savait qu’il devrait accomplir l’acte suprême de la crucifixion.

Jésus ne vit aucune « couture » entre Dieu et lui.
Ses actions sont dictées par sa conscience qui est divine, alors que l’actualité des évènements terrestres et humains obscurcissent les yeux des hommes. « Père pardonne leur, Ils ne savent pas ce qu’ils font !  » En effet, nous n’avons pas encore intégré le message d’amour divin et nous n’avons donc pas encore accès à la Réalité divine.

Mais le rôle de Jésus a été de nous transmettre ce message d’amour et rien d’autre.

Même si les hommes l’ont compris à leur manière au cours des âges, le temps n’existant pas, nous pouvons à tout instant être instruits et le vivre, dans une Epiphanie christique !

Alors, tissons notre Tunique sans couture !

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Maryam

Le logo est un détail d’une fresque de la Charola de Tomar (Portugal) - Photo prise par l’auteur

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