Sens de la procession du Chemin de croix
jeudi 2 avril 2026

par Le Pèlerin


Cet article s’inscrit dans un vaste dossier : Via crucis, Via lucis
Il appartient à la rubrique : Aux origines du Chemin de croix
Pour revenir à la page précédente : La basilique du Saint Sépulcre à Jérusalem

Le rituel du Vendredi saint nommé Chemin de croix est une déambulation à laquelle les fidèles sont invités à participer, le plus souvent à 15h. Cette procession de prières et de méditations consiste à revivre le trajet, les rencontres, les chutes, les blessures du Christ sur la Via dolorosa à Jérusalem le jour de sa crucifixion.

Le Chemin de croix est parfois installé en plein air, au long d’une colline, comme c’est le cas à Lourdes, où 115 statues à échelle humaine guident les fidèles dans leur cheminement à travers les 14 stations installées sur 1,5 km.

La procession peut également avoir lieu dehors sans installations pérennes. C’est le cas dans certaines villes lorsque de nombreux fidèles sont attendus.

Le plus souvent, la procession du Vendredi saint a lieu à l’intérieur de l’église paroissiale où un Chemin de croix est installé autour de la nef.

Le prêtre qui conduit le rituel, suivi des fidèles, effectue quatorze "pauses", une devant chacune des quatorze stations.

Le sens de déambulation est donc tout naturellement indiqué par les 14 visuels que l’on suit dans l’ordre. Ce sens n’est pas choisi au hasard et le faire respecter par le clergé a été jugé important. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’Eglise demandait qu’un Franciscain soit présent à l’installation d’un nouveau Chemin de croix dans une église. Et c’est pour cela que les Chemins de croix sont posés à l’identique dans 90% des églises. [1]

L’ouvrage "Précis historique et pratique du Chemin de la croix ou de la dévotion au XIV stations du Calvaire d’après le bienheureux Léonard du Port-Maurice, frère mineur de l’Observance" édité à Louvain en 1833 est très précis sur ce point.

« Enfin nous devons faire observer que l’ordre dans lequel on doit placer les Stations, n’est pas abandonné à l’arbitraire de ceux qui sont chargés des érections. Les Stations doivent commencer du côté de l’Evangile, pour finir du côté de l’Épitre. On s’exposerait à perdre l’avantage des indulgences, en s’écartant de cette coutume générale, fondée sur de pieuses raisons. Aucune raison n’autorise à changer cette coutume. On doit également la suivre pour l’exercice du Chemin de la Croix. »

Une petite note sur la même page précise, à propos du sens de déambulation pour l’exercice du Chemin de la Croix :

« Sans doute afin de mieux imiter la marche du Seigneur, qui, en sortant du prétoire de Pilate pour monter au Calvaire, s’est dirigé de l’orient vers l’occident en passant par le nord et non pas par le midi. » [2]

Après quelques recherches, il s’avère que le côté de l’Évangile est au Nord, car c’est du pupitre Nord que le prêtre lit l’évangile du jour pendant la messe, et que le côté de l’Épître est au Sud car c’est du pupitre Sud qu’est lu l’épître. [3]

C’est donc ainsi que les 14 stations du Chemin de croix doivent être installées.
S’il y a la place nécessaire au Nord et au Sud, le mur du fond n’est pas utilisé.

La procession du Vendredi Saint composée du prêtre et des fidèles se forme donc à proximité de la station 1 et va se déplacer - avec une pause devant chaque station - jusqu’à la station 14. On remarque qu’elle ne s’approche pas de l’autel ni n’emprunte le déambulatoire qui en fait le tour.

S’il y a assez de place sur le mur Nord de la nef, les 7 premières stations y sont regroupées tandis que les 7 dernières sont toutes sur le mur Sud. Le fond de l’église n’est utilisé - comme sur notre dessin - que si la place manque dans les collatéraux.

Le soleil à 15h

Le sens de déambulation du Chemin de la croix est donc sénestrogyre (qui tourne à gauche), on dit aussi : anti-horaire (qui tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre).

Quel intérêt cela peut-il donc avoir d’insister sur ce sens comme l’ont fait les Franciscains ?

Bien sûr, on peut noter que si le Chemin de croix est posé selon les instructions des Franciscains, les rayons du soleil à 15h vont pénétrer par les baies Sud et éclairer les premières stations qui se trouvent sur le mur Nord. Laissant dans la pénombre, les dernières stations douloureuses de la crucifixion et de la mise au tombeau sur le mur Sud.

Rayon du soleil éclairant le mur Nord à 15h
Eglise Saint-Léon (Paris XVe)

Mais sans doute faut-il aller plus loin. Un éclairage sur la question du sens de déambulation se trouve peut-être sous la plume de Jacques Bonvin et Paul Trilloux :

« (...) L’église va donc devenir la partie fixe, c’est-à-dire le stator d’un gigantesque moteur magnétique, qui puise son énergie dans les entrailles de la terre et dans la puissance du cosmos.

Mais il n’y a pas de moteur magnétique sans partie mobile, le rotor, c’est pourquoi c’est à nous, croyants, de tourner dans l’église pour nous alimenter en énergie. (...) [4]

C’est donc le fidèle, le pèlerin, le promeneur, qui met en branle les énergies de l’édifice.
Dans l’église, l’ensemble des déambulations ont lieu dans le sens évolutif (sens horaire), car c’est le sens de l’ascension spirituelle, de la progression vers la lumière divine. C’est le cas dans les déambulations autour des reliques, par exemple.

En revanche, la déambulation du Chemin de croix se fait dans le sens involutif (sens anti-horaire) car le Chemin de croix est un pèlerinage intérieur qui doit permettre une descente en soi-même - une mort à ce que nous devons dépasser, abandonner une bonne fois pour toutes au bord de la route, afin de renaître à la Lumière.

La méditation du Chemin de croix peut se faire chez soi si l’on ne peut se déplacer, tous les auteurs le disent. Mais se rendre dans une église construite selon les règles éclairées des Bâtisseurs et effectuer le Chemin avec consécration dans le sens indiqué, c’est mettre en mouvement les énergies facilitatrices pour une réelle transfiguration. Et l’on terminera son parcours en faisant avec consécration un grand tour de l’église dans le sens évolutif, ou sens horaire, avant de quitter les lieux.

Via crucis, Via lucis
Chemin de croix, Chemin de Lumière

Autres articles de l’aventure "Via crucis, Via lucis" traitant de thèmes évoqués ici


Accès au forum

Le Pèlerin

Le logo provient du site :
 https://www.saintnizier.fr/actualites/

La photo de l’église Saint-Léon a été prise par l’auteur.


[1Voir notre article : "Histoire méconnue du Chemin de croix"

[2"Précis historique et pratique du Chemin de la croix ou de la dévotion au XIV stations du Calvaire d’après le bienheureux Léonard du Port-Maurice, frère mineur de l’Observance" - Louvain - 1833 - page 63

[4Jacques Bonvin et Paul Trilloux "Eglise romane, lieu d’énergie - Pour une géobiologie du sacré" Editions Dervy - 1990 - p.143 à 145

Cette page a déjà été visitée 115 fois.


Origines du Chemin de croix

D'autres articles du site à consulter sur les thèmes traités ici :

14 - Quatorze
De la couronne à la croix
Pourquoi 14 stations au Chemin de croix ?
Le dé, la croix et la Lumière
Histoire méconnue du Chemin de croix
Mains lavées, liées, clouées, trouées

Catholicisme
Le martyr byzantin de Notre Dame du Puy-en-Velay
Haïti : l’offensive du clergé catholique : une thérapeutique de choc
Haïti : les tentatives d’éducation de masse
La basilique du Saint Sépulcre à Jérusalem
Louis Massignon, le voeu et le destin

Chemin de croix - Via crucis
Via dolorosa et Unicité
A Jérusalem, la Via captivitatis précède la Via dolorosa
"Via crucis, Via lucis" : tous les articles
Du Gloria de la crèche à l’ange du tombeau
Amis lecteurs, cette page est la vôtre !

Franciscains (Ordre des)
Jérusalem et les 5 plaies du Christ
Les amoureux de San Fortunato
Les 13 desserts de Noël
Vie de Maître Eckhart
Sainte Claire d’Assise

Lourdes (Hautes-Pyrénées)
La Caverne des Sept Dormants
II - Jésus chargé de sa croix
L’Immaculée Conception

Lumière - Ténèbres
Ombre et Lumière dans Harry Potter
Le labyrinthe de Chartres : miroir du Sentier
Grottes de Barabar
Amma
L’ombre de l’hiver

Marche
La rencontre avec Mâdhyle
L’élégance du Compas
Via crucis : les 3 chutes
Etape 37 : De Arca à SANTIAGO DE COMPOSTELLA
Oublie tes livres, Pèlerin !

Mouvement
Gaz ! Tous aux abris !
Thérèse de Lisieux : 1895 et 1896
La cosmogonie de Jacob Boehme
Jubilation
Pierres sèches

Pèlerinage
Lumière de Compostelle
En route vers Compostelle...
Empreintes dans la pierre
Festival des lumières
Les jours d’avant...

Procession
Varanasi
Le pardon des Sept Dormants à Vieux-Marché
L’oeuf philosophique
Toupie, mouvement du vide
Chartres !

Soleil
Bodh Gaya
Correspondances entre les centres d’énergie cosmique et les sphères d’activité sur notre planète
Kyot, le maître sage
Pierres reconstituées et rêves d’Empire
Plantes régies par le Feu, l’Air, l’Eau et la Terre

Vendredi saint
Via crucis : les pieds dans la poussière
Jésus, la Croix et le 11
Reniement de Pierre
Tomar : la Passion du Christ (2)
I - Jésus condamné à mort


Il y a actuellement 1 contribution(s) au forum.


Ajouter un commentaire à cet article

Sens de la procession du Chemin de croix
6 avril 2026, par Yprus

Merci pour cet article fort enrichissant.

Il est intéressant de noter qu’avant l’incendie, la déambulation des visiteurs à l’intérieur de la cathédrale Notre-Dame de Paris était imposée dans le sens "sénestrogyre" (celui du Chemin de croix).

Depuis sa réouverture, on est conduit à visiter la cathédrale dans le sens "dextrogyre", celui de la vie (pour simplifier).

Nombre de personnes disent avoir redécouvert la cathédrale et y avoir ressenti des émotions inédites pour eux en ces lieux. Bien sûr, il y a son apparence lumineuse et de multiples autres facteurs, mais cette foule déambulant ainsi ne peut produire qu’un effet bien différent.

Quoiqu’il en soit, merci à ceux qui ont pris la décision de modifier le sens du parcours des visiteurs !


 


Accueil - Alphabétiquement vôtre - Sur les Routes - Horizons Traditionnels - Champs du monde - Vie du site - Plan
Copyright © 2002/2026 - Les Baladins de la Tradition